La mer entre nous: De Morlaix, on navigue toute la nuit jusqu'à l'île de Guernesey, depuis 50 ans

« Le choc est à la hauteur de l’émerveillement des navigateurs qui découvrent cette perle des anglo-normandes »

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La mer entre nous: De Morlaix, on navigue toute la nuit jusqu'à l'île de Guernesey, depuis 50 ans
La Morlaix, Le Télégramme Tresco à St Peter Port en mai, 2026.

Le week-end de l'Ascension en 1976, un groupe de marins bretons a mis le cap sur St Peter Port, situé à 150 km.

« Le choc est à la hauteur de l’émerveillement des navigateurs qui découvrent cette perle des anglo-normandes » Une course entre amis réunissant huit voiliers est aujourd’hui la deuxième plus grande régate du département du Finistère, où certains des navigateurs les plus rapides du tour du monde ont fait leurs premières sorties en haute mer.

« J’ai fini de le faire tous les ans, c’était la regatte de l’année pour les Morlaisiens » navigateur, Nicolas Troussel

Un rite de passage pour quelque 30 000 concurrents depuis cinq décennies ; à son apogée dans les années 90, près de 145 voiliers y participaient.

Officiellement à sa 41e édition seulement – quand le deuxième journal breton, Le Télégramme, est devenu le sponsor officiel de la course en 1983, celle-ci s’est transformée en une régate organisée rebaptisée « Le Télégramme Tresco. ».

Chez les guernesiais, la régate a conservé son nom « La Morlaix », d’après la ville bretonne au célèbre viaduc, d'ou le président du Yacht-Club, Jean-Luc Troussel, avait pour la première fois invité ses membres à naviguer à Guernesey au printemps 1976.

"Chaque mois de mai, à Saint-Peter-Port, « La Morlaix arrive ! »

« Ce qui rend cette course unique, c’est qu’on y va de nuit,», explique Marc Jégou, l’actuel président du Yacht-Club de Morlaix. « Il y a très très peu de régates de nuit. Pour environ la moitié des concurrents, c’est la première navigation de nuit. Et nous quittons les eaux territoriales françaises. »

« Entre la côte française et Guernesey, il y a un moment où on ne voit plus rien. »

Lorsque Marc Jégou participait jeune garçon, en compagnie de son père, un compas et une radio constituaient leurs seuls instruments. «On faisait vraiment la navigation, quand on voyait Guernesey on était content, car il y avait toujours une part d’inconnu. » Si la technologie GPS a simplifié la navigation, les formalités administratives sont devenues beaucoup plus complexes. « Trois ans de restrictions liées au Covid, puis l’obligation du passeport, et en 2026 l’ETA (Electronic Travel Agreement) qui va freiner une partie du tourisme », averti M. Jégou.

Pour l’édition 2026, les conditions météo ont rendu l’étape de Guernesey incertaine. Seuls 44 voiliers ont bravé la mer pour rejoindre St Peter Port le 16 mai après une journée de plus à Roscoff. Les organisateurs ont changé l’heure du retour afin de laisser aux concurrents le temps de profiter de l’île.

L’arrivée de La Morlaix est l’une des journées les plus rentables de l’année pour « Surf & Turf » de Guernesey, grâce à la commande de 150 kilos de crabes pour la traditionnelle fête sur le ponton. Au « The Terrace Garden Café », La Morlaix est parmi les jours les plus animés après le jour de la Libération. 

« Sans Guernesey, nous n’aurions peut-être que 20 bateaux participants. » M.Jégou

« C’est l'apprentissage pour la haute mer »  Nicolas Troussel

La régate Morlaix-Guernesey est une épreuve de formation pour les marins les plus rapides du monde, parmi lesquels Armel Le Cléac'h et Nicolas Troussel, fils de Jean-Luc Troussel, qui a lancé cette course en 1976.

En janvier, Nicolas Troussel est devenu le Morlaisien le plus rapide à avoir fait le tour du monde en équipe, en 40 jours, 10 heures et 45 minutes, pour gagner Le Trophée Jules Verne.

« On était très content de battre le record, on espérait passer sous la barre de 40 jours mais on a été bloqué par une tempête au large de l’Espagne. C’est le record du tour du monde en équipage, je suis le morlaisien le plus rapide autour de la planète ! »

Nicolas Troussel: « Avec le Tresco, c’était la première fois que je passais une nuit en régate. On est souvent soumis à faire de la navigation rivière ou près de la côte. On n’a pas cette expérience au large. Avec le Tresco, c’est une nuit en mer.  Cela fait partie de ma formation, de mes compétences et de ma faculté à être rapidement à l’aise pour la course au large, car j’avais fait cette épreuve là.

A l’époque on partait en jean, salopettes même pas étanches qui tenaient pas chaud.

Mon premier vrai ciré de marin, je l'ai acheté à Guernesey. C’était un peu moins cher à l’époque, beaucoup de français faisaient cela.

C’était la première destination un peu lointaine quand on était de Morlaix et qui faisait vraiment envie, surtout à l’époque, c’était alors un peu l’aventure d’y aller. C’était vraiment dépaysant, on sentait qu’on arrivait dans un autre pays, c’est vraiment agréable d’avoir cette sensation là qu’on on part en bateau.

Une heure pour le port de Morlaix, la remontée de la rivière, cela fait partie du charme de cette course, passer les écluses.

La nuit tombe relativement vite, sortie de la baie de Morlaix avec tous les cailloux, il ne faut pas faire de bêtises.  

A chaque fois, il se passe des tas de trucs, à la fin, les bateaux se retrouvent et on fait les comptes en arrivant à Guernesey. Un copain est tombé à l’eau au large de Perros-Guirrec – c’est arrivé plusieurs fois, on l’a récupéré dans l’eau.

Mon père m’avait raconté une fois qu´ils avaient dû rentrer en avion et laisser les bateaux là puis revenir rechercher les bateaux après.

C’est la course d’apprentissage pour la haute mer. On est tout de suite au large, dans la haute mer, tout de suite confronté aux éléments. La course est superbe et l’ambiance qu’il y a à Guernesey est vraiment festive entre la fête le jeudi soir et le tour de l’île, le vendredi. J’ai adoré le faire en vélo, c’est des bons souvenirs.

La voile, et le nautisme en générale, est très important en Bretagne, c’est un secteur économique important et on a la chance d’avoir des entreprises qui veulent communiquer par la voile, la course au large en générale, ça ouvre des opportunités de pouvoir gagner sa vie, grâce à cela.

Le Tresco reste forcement un peu spécial pour moi, mon père était très attaché à cette course. Comme il parlait bien anglais, il allait tous les ans préparer la course a Guernesey avec les différents présidents. Il soignait les relations avec des guernesiais et adorait visiter la maison Victor Hugo à chacun de ses passages. Il a 84 ans aujourd'hui.

C’est assez extraordinaire de voir quelque-chose qui dure aussi longtemps, qui est ancré, des anglais qui sont venus faire la deuxième étape. Ce serait bien de relancer le dynamisme, pour qu’il y a nouveau 100 bateaux.


Le prochain Télégramme Tresco aura lieu en mai 2027

Pour recruter davantage de participants en 2027, le Yacht-Club de Morlaix prévoit de communiquer sur la course et d’informer les concurrents sur les modalités d’obtention de l’ETA de Guernesey dès le mois de septembre. Leur régate reste la deuxième plus importante du département du Finistère après le Tour du Finistère, qui vient de fêter sa 40e édition.

le site du Yacht-Club de Morlaix - Documents - L’avis de course 2026