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# La mer entre nous | De Carteret, le Neire Mâove, réplique d'une goélette de Guernesey du 19e siècle, vogue vers les îles depuis plus que 30 ans
- URL: https://www.ilesanglo-normandes.com/la-mer-entre-nous-de-carteret-le-neire-maove-replique-dune-goelette-de-guernesey-du-19e-siecle-vogue-vers-les-iles-depuis-plus-que-30-ans/
- Published: 2026-09-26T08:59:00.000Z
- Updated: 2026-09-27T17:11:44.000Z
- Description: une série de la terre aux îles
- Author: îles
- Tags: version française, Nouormandie

### Sa silhouette aux cinq voiles, teintée orangé, est familière le long de la Côte des Isles, cette partie du Cotentin qui prend son nom des îles anglo-normandes en face. Ce que l’on sait moins, c’est que la goélette Neire Mâove, qui signifie « mouette noire » dans la langue normande, est une réplique du Lilian de Guernesey, un bateau anglo-normand construit au milieu du XIXe siècle par Henri Bisson, originaire de Guernesey.

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Redessinée par un architecte naval à Jersey, puis construite sur un site ouvert au public pendant deux ans à Carteret, en Normandie, le Neire Mâove a été officiellement mise à l'eau à Brest, en Bretagne, en 1992\. 

### Voguant chaque été depuis Barneville-Carteret, ce bateau en bois relie les îles à leur terre la plus proche et à un passé de construction que le Guernsey Historic Wooden Boat Association travaille à faire revivre.

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## La Côte des Isles 

Le Neire Mâove navigue au large de la Côte des Isles, cette partie de la presqu’île du Cotentin, en Normandie, qui tire son nom des îles anglo-normandes visibles à l’horizon. Son port d'attache, Barneville-Carteret, né de la fusion entre Carteret et Barneville-sur-mer, est l’un des 14 villages et communes, le long des dunes s'étendant sur 33 kilomètres, de Baubigny au nord à Denneville au sud, de la Côte des Isles . « Manches Îles » le service saisonnier de ferries relie la Normandie aux îles, de Barneville-Carteret et Diélette, et aussi de Granville, plus loin sur la côte. 

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Neire Mâove à Port-bail - un port d'échouage

### Alors que le capitaine du Neire Mâove manœuvre pour s’approcher du quai de Port-bail, sur la Côte des Isles, deux de ses passagers ont fait un bond pour rejoindre la jetée. Devant Le Repère, le Bar des Pirates, une petite foule s’est rassemblée, ces deux passagers et quelques d’autres tirent les 28 tonnes du Neire Mâove à son poste d’amarrage.

Y-a-t-il meilleur symbole de la relation entre les îles et la terre ferme : les passagers qui ont sauté du pont, comme s’ils faisaient partie de l’équipage, sont en effet des insulaires, fondateurs de Guernsey Historic Wooden Boat Association. 

C’est la deuxième fois que ces Guernesiais naviguent, à la manière du XIXe siècle, à bord du Neire Mâove. Récemment formés après le retour sur l’île d’Edmund Morgan, un charpentier de bateaux traditionnels en bois, ces associés ont entrepris un périple pour retrouver les plus anciens bateaux de l’île, ce qui les a menés ici, à bord du Neire Mâove – une réplique d'une goélette anglo-normande dont la construction a cessé vers 1930.

Au cours de ce convoyage de 4 miles autour de la Côte des Isles jusqu’à Port-bail, pour le festival maritime du port, les Guernesiais ont hissé les voiles – et appris le jargon – « tape-cul » pour la voile d’artimon – sous le commandement du capitaine Yann L'Anthoën et le second Boris Hierro.

« Le soleil se couche sur Le Valle, paroisse jumelée avec Carteret, la voile en fer avance, bien qu’il n’y ait pas de vent », décrit Morgan, à bord du Neire Maove pour la deuxième fois. La construction d’un voilier traditionnel similaire fait partie des ambitions de la nouvelle association.  

### Port-bail: la première visite depuis deux décennies 

Le Neire Mâove passera la journée à accueillir « Apéro Bulot » – verres de Muscadet et bulots – sur le quai adjacent aux principales festivités du port. C’est la première visite du bateau depuis deux décennies à Portbail, un port d'échouage, dont la mairie est récemment devenue un soutien de l’association. Manu Demet, l’animateur de la fête, raconte qu’il portera sa vareuse édition « Neire Mâove » et explique qu'en 1997, sa femme et lui avaient pris leurs photos de mariage à bord du bateau. 

Dimanche, ce sera le retour à Carteret pour Les Fêtes de la Mer du village – au cours de laquelle les sorties à bord du Neire Mâove, mascotte officieuse de la ville, comptent parmi les attractions phares.

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Neire Mâove in Portbail - un port d'échouage

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Neire Mâove -goélétte du Cotentin - en bas, Le Terminus ancienne gare avec la ligne Paris-Carteret-St Helier 

  
À la fin du XIXe siècle, des goélettes comme le Neire Mâove devaient parsemer l’horizon depuis Carteret et Port-bail. Le modèle dont elle s’inspire, le Lilian de Guernesey, était un « agrément » il faisait le cabotage entre Granville, les îles, Cherbourg, marchandise, parfois pêche, transport des passagers, raconte Caroline Blanco, membre de l’association Neire Mâove depuis huit ans. « Elle était refaite exactement pareil, avec simplement deux mètres de plus pour pouvoir un peu mieux transporter les passagers ».

Caroline, qui vit à Barneville-Carteret depuis près de 30 ans et dont le grand-père, originaire de Carteret, se rendait à Guernesey pour acheter du saule destiné à la fabrication de paniers à crabes, raconte comment le Neire Mâove est au cœur de cette communauté côtière. « Dans toutes les écoles, les enfants apprenaient la chanson sur la goélette. »

> **Goélette du Cotentin, lugger dans les îles, bisquine à Granville, aujourd'hui tu renais, et c'est à** **Carteret**

> **Jadis dans les régates, tu sortais le grand jeu, Et de Portbail à Sercq, tu filais tes dix nœuds**

> **Quand Lilian a coulé, au large de Guernesey, Personne ne l'a pleurée, sachant qu'elle reviendrait**

*\*Chanson de la goélette*

À l’époque où le Lilian of Guernsey faisait la navette entre les ports du Cotentin, la gare de Carteret servait la ligne « Paris, Carteret, Saint-Hélier ». Aujourd’hui, la gare, qui a vu ses derniers passagers en 1976, a été transformée en café et le hangar voisin, loué gratuitement par la mairie de Carteret, abrite le siège de l’association Neire Mâove. On y trouve une multitude de paniers en osier, de doris, de rames, de mâts et – signe que c’est un lieu de rencontre pour les 150 membres de l’association – un bar d’angle. 

La construction du Neire Mâove, qui a duré plus de deux ans, reste un chapitre important pour les habitants. Le site était ouvert au public, sur le quai, pour permettre aux passants se rendant à la plage de s'y arrêter. « Tout le monde m'en parle encore », raconte Théo Madelaine, nouveau vice-président de l’association Neire Mâove et moniteur à l’école de voile de Carteret. « Les gens me disent : “J’avais huit ans, je m’en souviens encore.” » **«** Nous avons accueilli des milliers de visiteurs ; c'était gratuite, mais nous avions une boutique où l'on vendait des petits objets »**,** se souvient Jean-Marc Hébert, l'initiateur du Neire Mâove. 

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En discutant avec Hébert autour de son whisky au Carteret Yacht Club, en ce week-end de la mi-août où un bateau sur deux semble battre pavillon des îles, cet ancien maître du port de Carteret livre le passé et le présent de ce port et son rapport aux îles en face. Autant d'anecdotes sur les insulaires, l’ancien député de Guernesey Dave Fletcher – à l’origine du jumelage de la paroisse du Vale avec Carteret en 1989, que l’on voyait peindre à l’aquarelle sur la jetée – que sur le sujet qui fâche les plaisanciers cet été : la mise en place d’un système d’autorisation électronique de voyage(ETA) par les îles. « J’ai entendu des gens dire : « C’est 20 livres, je pourrais les payer, mais ça m’emmerde ; on part en Bretagne. »

> « J’ai entendu des gens dire : “C’est 20 livres, je pourrais les payer, mais ça m’emmerde ; on part en Bretagne. »

« Ces bonnes îles anglo-normandes, hein, se sont fait bouffer depuis la fin de la dernière guerre », estime Hébert. « Elles se sont anglicisées, tout le monde parle anglais. Quand j’étais jeune, on parlait avec les gens, ils parlaient soit français soit jersiais ou guernesiais. Les îles sont en train de perdre complètement leur culture originelle au profit des Anglais. Avec le Brexit, la Grande-Bretagne décide de quitter l’Europe, ok - mais pourquoi est-ce que maintenant dans les îles anglo-normandes, qui n’ont jamais été intégrées à l’Europe ni à Schengen, ou quoi que ce soit, pourquoi est-ce qu'ils se couchent et qu’ils font comme les Anglais ? Je comprends pas. »

> « Les îles sont en train de perdre complètement leur culture originelle au profit des Anglais »

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'Mermaid' une goélétte en route pour l'île de Herm - courtesy Jean-Marc Hébert

Hébert est peut-être le seul homme en Normandie à pouvoir prétendre connaître une partie de la culture originelle des îles, la construction navale, mieux que les insulaires eux-mêmes. En 1992, lorsque Le Chasse-Marée, une revue française destinée au patrimoine maritime, a lancé un concours partant du principe que chaque port de France possèdait son propre bateau traditionnel dans le passé, Hébert, alors enseignant, a sauté sur l’occasion. « J'avais déjà en tête des bateaux traditionnels, c’était le déclencheur **»**. 80 ports ont participé au concours.

La recherche d’un bateau de type Carteret a commencé par l’examen de photos d’époque de régates et de vieilles cartes postales. Des photos de Port-bail montraient un type particulier de goélette. Apprenant que deux d'entre elles avaient été construites à Guernesey, Hébert est parti vers l'île. Lors de son voyage de recherche, il a fouillé dans les archives de la bibliothèque, et centre d'études françaises, Priaulx de Guernesey, alors dirigée par Hugh Lenfesty, s'est entretenu avec des habitants, puis s'est rendu sur d'autres îles : à la découverte des bateaux eux-mêmes, l'Hirondelle à Aurigny, et le Vigilo de 1890 à Sercq.   
  
Une fois que le Lilian eut choisi comme modèle, vint alors le défi. Alain Buchanan, architecte naval de renom – qui vivait alors à Jersey –, accepta de dessiner les plans pour la somme de 3 000 livres. « Le charpentier de marine – Pierre Legueltel, originaire des environs de Coutainville –, accepta de déménager son atelier à Carteret ; la mairie céda gratuitement le terrain à l’association.

La construction nécessitait 2,1 millions de francs – soit environ 300 000 euros aujourd’hui. Un tiers de la somme provenait d’un financement participatif auprès du public, un tiers de sponsors privés et un tiers des pouvoirs publics, à savoir la mairie, le département de la Manche et la région Normandie. L’une des premières grandes entreprises à apporter son soutien fut la centrale nucléaire de Flamanville : « Je n’en étais pas fier, mais ils nous ont donné 150 000 francs », a admis Hébert. Une demande de financement adressée au gouvernement de Jersey fut, quant à elle, rejetée. 

Toutes les recherches d’Hébert aboutirent 30 ans plus tard à la publication d’un ouvrage sur les bateaux traditionnels, tandis qu’il acheta le Vigilo. Considéré comme le seul navire encore en état de naviguer, la Guernsey Historic Wooden Boat Association souhaite vivement le voir revenir sur l’île. « Quand il y a des gens comme cela qui se réveillent ! » a déclaré Hébert. Dans les îles à l'époque, « cela n’avait pas d’intérêt, sauf pour quelques personnes, les bateaux en bois. » 

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Reliant ces villages sur la côte aux îles, pour une journée aux Écréhous ou un week-end à Herm, Sercq ou à Aurigny, le Neire Mâove a longtemps proposé des voyages d'île en île. Cet été, pour la première fois depuis des années, le bateau n'a pas fait la traversée vers les îles : en raison de la nouvelle obligation d'ETA. Le nouveau président de l'association, Daniel Avoine, s'est concentré sur la Côte des Isles, où le Neire Mâove fait découvrir les îles d'une autre manière de cette côte. 

« Je suis arrivée à Carteret il y a un an et demi, j’ai habité dans le Calvados, l’idée que j’avais des îles c’était des paradis fiscaux, des yachts, j'avais pas trop d'idées de l’histoire », a expliqué Théo Madelaine. Profitant de sa première sortie à bord du Neire Mâove, Cécile Demeaux, une nouvelle bénévole, a été fascinée par ce patrimoine des anglo-normandes. **«** Je trouve cela assez dingue qu’il y a des différences en construction selon la région, qu'il y a la diversité dans les bateaux. **»**

« Le Neire Mâove est un exemple d'histoire vivante et bien réelle », a déclaré James Piprell, de l'Association de Guernesey, expert maritime - « fruit de l'esprit de communauté. » 

À une époque où les Français sont aujourd’hui plus nombreux à vivre dans la pauvreté qu’ils ne l’ont été depuis [30 ans](https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/07/07/la-pauvrete-et-les-inegalites-au-plus-haut-depuis-trente-ans%5F6619650%5F3224.html?srsltid=AfmBOooDcBVXic-NdTs5J%5FGQ%5FUizyu%5FvR8F2y7WSKukO6qivBwlCrk0V&ref=ilesanglo-normandes.com), l’association maintient une cotisation accessible, à 30 euros par an, ou 15 euros pour les moins de 30 ans ; rendant ainsi la voile accessible à de nombreuses personnes qui, sans cela, n’en auraient pas l’occasion. 

Caroline, désormais une adepte, n’était jamais montée sur un voilier de sa vie. « Je viens de la région parisienne, de Seine-Saint-Denis, je l’ai vu, je me suis dit– : c’était pas pour moi, pas dans mon esprit. Pour moi les bateaux étaient des trucs de riches. » Lorsqu'elle a eu l'occasion de monter à bord, « je suis tombée amoureuse. » C'est elle qui s'occupe du calendrier cet été. 

« C'est vraiment la population d'ici qui nous soutient », explique Hébert. « Tout le monde est de notre côté. Si le bateau devait partir, je crois qu'il y aurait une révolte. »

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#### Barneville-Carteret : face au dérèglement climatique, « il ne reste plus qu’un filet d’eau de la rivière ».

  
𝐋𝐚 𝐏𝐫𝐞́𝐟𝐞𝐜𝐭𝐮𝐫𝐞 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐌𝐚𝐧𝐜𝐡𝐞 a placé l'ensemble du département en « vigilance sécheresse » fin juin. Elle a ensuite relevé le niveau de certaines localités au niveau supérieur – « alerte sécheresse » – le 7 juillet. « C'est inquiétant. Nous n'avons pas eu de pluie depuis deux mois et demi » a déclaré Hebert, à la mi-août. « La petite rivière près du port est presque à sec, il reste un filet d’eau. Je ne l’avais pas vue ainsi depuis 1976\. On voit les feuilles jaunir sur les arbres, comme si l’arbre lui-même était en train de mourir. »

Au club de voile : « Nous subissons des restrictions d’utilisation de l’eau depuis juin », a expliqué Madelaine. « Cet été, avec les gigantesques feux de forêt près de Bordeaux, beaucoup de gens ont abandonné leurs vacances au Cap Ferret – et se sont tournés vers le Cotentin à la place. À l’école de voile, on entend des gens dire : “On ne va plus dans le sud, il fait trop chaud là-bas. »

[Neire Maôve Goélette du CotentinEmbarquez à bord d’un vieux gréement au départ de Barneville-Carteret et découvrez la navigation traditionnel en croisière ou lors d’une balade en mer.![](https://storage.ghost.io/c/d1/c7/d1c79ccb-3da4-4ed2-8fda-9b60db236f61/content/images/icon/favicon-eb9b89c7-2bda-4f89-a233-19eb7a9a4759.png)Goélette du cotentin![](https://storage.ghost.io/c/d1/c7/d1c79ccb-3da4-4ed2-8fda-9b60db236f61/content/images/thumbnail/image-5ccdd317-c6f4-4a01-b7aa-45e3c11c4aca.jpg)](https://www.neiremaove.com/?ref=ilesanglo-normandes.com)

[La Côtes des Isles | Tourisme en CotentinDécouvrez la Côtes Isles. Le charme du bord de mer et la beauté des espaces naturels uniques.![](https://storage.ghost.io/c/d1/c7/d1c79ccb-3da4-4ed2-8fda-9b60db236f61/content/images/icon/design-sans-titre-11-removebg-preview-300x300-1ae5fcb0-81d0-4168-8b39-7eb2d93d2a53.png)Tourisme en Cotentin![](https://storage.ghost.io/c/d1/c7/d1c79ccb-3da4-4ed2-8fda-9b60db236f61/content/images/thumbnail/porbail-armel-vrac-4-2e00a309-a529-4549-b701-4ad3de48594c.webp)](https://www.encotentin.fr/cote-des-isles/?ref=ilesanglo-normandes.com)