Musique: Au revoir Marie-Paule Belle, qui a chanté « Jersey Guernesey » sa chanson des îles de 1976

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Musique: Au revoir Marie-Paule Belle, qui a chanté « Jersey Guernesey » sa chanson des îles de 1976
Chanteuse et pianiste Marie-Paule Belle lors de ses concerts d'adieux à Paris en mai

La légende de la chanson française décedée le 25 juillet, à Neuilly-sur-Seine, a choisi sa chanson d'amour des îles pour son adieu à la scène.

Sa disparition a fait les gros titres de la presse Parisienne car elle était « La Parisienne » la chanteuse qui répresentait la ville et ses cabarets, sa liberté et ses valeurs. Féministe, lesbienne, Marie-Paule Belle a réfusé de chanté pour l'extrême droite. Beaucoup moins connue que son tube sur la capitale, sa chanson d'amour aux îles anglo-normandes 'Jersey Guernesey,' est apparue sur son deuxième album de la même année 1976. Retour sur 'La Parisienne' et sa chanson sur les îles.


'Jersey Guernesey, Pourquoi vous êtes-vous, un jour, séparées ?

Dans un théâtre de style Art déco, Rive Gauche à Paris, Marie-Paule Belle était assise au piano en train d’interpréter « Jersey Guernesey », cette chanson d’amour qu’elle a sortie il y a 50 ans. Dans le public d’actrices, artistes de cabaret, musiciens – ainsi que des fans de tous horizons, nombreux sont ceux qui chantaient en chœur : "Jersey, Guernesey, vous n'étiez qu'une île dans notre passé."

La chanteuse de 80 ans a choisi « Jersey Guernesey » de la même année que « La Parisienne », parmi son catalogue de plus de 400 morceaux, pour figurer parmi les 20 titres de son dernier album.

Pendant dix soirs de mai, alors que Paris souffrait sous presque 35 degrés de la première canicule de cette année catastrophique 2026, Marie-Paule Belle a chanté les îles devant 200 personnes au Théâtre de Passy, dans le 16e arrondissement de Paris.  « C’est la première fois que nous la jouons sur scène depuis 30 ans », a raconté William Prein, responsable de l’éclairage. « Cette chanson est très, très belle, je l’ai découvert il n’y pas longtemps », a déclaré Maxime Fontanier, assistant costumier de Marie-Paule Belle. « Ce sont les îles anglo-normandes », était entendu dans les rangs à la fin.  « Elles étaient vraiment une île un jour ? », s’est interrogé un fan. 

« Tu as fait ta vie à Guernesey, je mélancolise à Jersey »

« Jersey Guernesey, » metaphore de la fin d'une histoire d'amour, donne l’impression d’avoir été écrite lors d’adieux au port, à mille lieues de Paris. « Elle l'a chanté pour sa propre séparation avec Françoise Mallet-Joris » a raconté un journaliste du magazine Télérama, faisant référence à cette autrice franco-belge, l’amour de la vie de Belle, avec laquelle la chanteuse a partagé une relation de 1970 à 1981, encourageant ainsi d’autres femmes à assumer leur homosexualité dans le Paris des années 1970.

Mallet-Joris, autrice pionnière dont le premier roman racontait une histoire d’amour lesbienne et qui devint membre de l’Académie Goncourt, prix littéraire le plus prestigieux de France, était la parolière de Belle. Aux côtés de l’auteur Michel Grisolia, ami d’enfance de Belle, et alors critique de cinéma pour Le Nouvel Observateur.

« C’était un bouillonnement particulier ! » a dit Belle en évoquant l'année 1976. « Il y a des moments comme ça. Il y a des époques ou on a beaucoup, beaucoup travaillé, on ne faisait que ça. On s’enfermait à la campagne, j’avais une belle maison et du petit déjeuner au soir, on est baigné dédans. Parce que pour faire une bonne chanson, il faut en écrire 50 qui sont moins bien. Qu’on ne montre jamais peut-être, j’avais même une chemise, il y avait marqué « horreur » dessus. Mais je ne jetais rien parce-que je pouvais garder un mot qui me faisais rebondir sur autre chose. »

C’est dans ce tourbillon créatif qu’est né « La Parisienne », au style cancan célébrant la liberté sexuelle d’une femme pendant le mouvement de défense des droits des femmes. Ce titre vaudra à la chanteuse un disque d’or, avec 100 000 exemplaires vendus, touchant un public jusqu’au Japon et en Finlande, et faisant de Belle une star dans des pays francophones comme la Belgique, la Suisse et le Québec. « Quand je suis arrivée, j’avais l’impression d’être Madonna quoi,» a-t-elle dit en riant. « C’était incroyable. »

« Quand je suis arrivée, j’avais l’impression d’être Madonna quoi,» a-t-elle dit en riant. « C’était incroyable. »

« La Parisienne » est une parodie de la coolitude de la capitale française, traversant toutes les excentricités d’une nouvelle venue de Provence cherchant à devenir une vraie Parisienne, interprétée par une chanteuse qui était elle-même arrivée à Paris depuis sa ville natale de Nice, à vingt ans.

«Je n'suis pas végétarienne
Ça me gêne, ça me gêne» « La Parisienne »

Sur scène, Belle a introduit ce tube « Puisqu’on est là pour la chanter, on la chante ! », elle s’interrompt pour décrypter les paroles aux jeunes : « Le MLF, c’était le mouvement de libération des femmes », a-t-elle expliqué. Et plus tard : « C’était déjà “Me Too”. » La chanson est devenue sa « carte d’identité », et reprise par l’artiste Zaz pour son album *Paris*. « « C’était visionnaire. Tout ce dont on parle est complètement d’actualité aujourd’hui : la psychanalyse, la drague en vélo… le Vélib’. Elle franchit la mode, elle est intemporelle cette chanson. » Belle a dit. « Nous l’enseignons à nos étudiants de cabaret », a raconté Julien Fanthou, connu sous le nom d’artiste Patatchtouille, après le concert.

C’est le succès de « La Parisienne » qui a permis à Belle d’explorer librement des styles alternatifs, plus mélancoliques, comme « Jersey Guernesey ». «C’est vraiment différent des chansons qui sont un peu tac tac tac comme « La Parisienne  » ou « Wolfgang  » et tout ça. C’est une chanson qui a un climat particulier, qui est poétique, qui fait voyager déjà, qui fait rêver. »

Mais elle a admis qu’elle ne se souvenait pas de tout de comment la chanson « Jersey Guernesey » a vu le jour. « Franchement je dois le dire, je ne me souviens pas, pourquoi cette chanson et comment elle est arrivée parce que je travaillais toujours en groupe avec Michel Grisolia et Françoise Mallet-Joris, je ne sais pas comment ni pourquoi le texte, l’idée leur est venu.»

D’après ses souvenirs, le processus de création de « Jersey Guernesey » s’est déroulé comme d’habitude. « Ils me donnaient un brouillon de texte, sur ce brouillon de texte j’ai une idée musicale qui arrive, je fini la mélodie, une fois la mélodie est construite, ils terminent d’écrire le texte. C’est le texte qui me donne l’idée de la musique. Jamais je n’ai reçu un texte complètement fini. Je n’ai jamais donné une musique finie. On a toujours travaillé en rebondissant les unes sur les autres. »

Pour Belle, qui n’a jamais mis les pieds sur aucune des îles anglo-normandes, les noms des îles sonnent comme une invitation. » Rien que le nom Jersey Guernesey ça fait déjà fantasmer, on part déjà en voyage." C’est l’histoire de la séparation, on peut se poser la question, comment c’était avant ? »

C’est l’histoire de la séparation, on peut se poser la question, comment c’était avant ? »

En apprenant que Jersey et Guernesey se sont séparés de leur compagnie de ferry, «C'est ridicule !» s'est exclamé t-elle.  «Peut-être cela lui a parlé la rivalité franco-belge, » a-t-elle ajouté de Mallet-Joris. « Elle était flamande, déjà dans son propre pays il y avait la rivalité avec les wallons, elle avait l’habitude d’être un peu dans la tension.»

À l’époque où Belle sortait « Jersey Guernesey» sur son deuxième album de l’année 1976, alors que la fièvre Abba battait son plein et que Johnny Hallyday enchaînait les numéros un en France, à travers la mer, à Guernesey, un groupe de musiciens se réunissait dans un château médiéval pour la première édition du Festival de musique Folk, Country et Rock, qui allait devenir le Vale Earth Fair, qui fête ses 50 ans le 30 août.

« J’adore les synchronicités comme ça. C’est très touchant bien sûr, de frapper le cœur des inconnus, qui sont de l’autre côté, de communiquer par une chanson, c’est l’idéal. »

Dans la France d’aujourd’hui, où l’extrémisme est banalisé par les médias, Belle a refusé de se produire pour l’extrême droite, déclarant à Télérama : « Je n’ai jamais chanté pour Le Pen. Quand l’extrême droite de Fréjus me l’a demandé, j’ai refusé.»

« Heureusement, il y a la musique », a-t-elle dit du rôle que la culture peut jouer face aux bouleversements. « La musique adoucit l’humeur, c’est pas nouveau… Quand c’est premier degré, militant, je n’aime pas trop, je préfère le dire avec la poésie. »

Ce sont ses publics et la manière dont la musique rassemble, qui l’ont poussée à continuer. « Au début, quand je sortais mes premières chansons, et que je passais en radio, je suis sortie de chez moi un jour et en face il y avait un immeuble ou il y avait des échafaudages, on ravalait la façade, et il y a un ouvrier qui chantait une de mes chansons « J’ai l’âme à la vague. » Et ce que j’avais fait chez moi avec mon piano avec mes amis, dans ma petite pièce de musique avait traversé la rue et c’était chanté par un inconnu. C’est incroyable comme sensation. C’est le but d’une chanson. On y pense plus après, que la chanson nous appartient plus, que ça appartient à tout le monde. »

« J'ai connu des îles dans le monde entier. J’ai l’âme à la vague.
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